Durée : 45 minutes
Conseils : Imprimez le texte suivant et répondez aux questions en mettant une coche dans la case choisie pour indiquer votre réponse.
TEXTE : L'enfant abandonné
Jochen, 13 ans, a commis un vol dans un grand magasin. A la suite de ce vol, sa mère n'a plus voulu le garder avec elle et l'a placé dans un centre d'éducation surveillée.
Dans ce passage du texte, mère et fils se retrouvent pour la première fois depuis que Jochen est au Centre.
Seuls en face l'un de l'autre, pris au dépourvu, ils ne savaient comment commencer la conversation. Finalement, la mère s'est assise, a posé son sac sur la table et en a tiré plusieurs paquets.
- Je t'ai apporté quelques douceurs, Jochen.
D'un air intéressé, Jochen a admiré les provisions posées sur la table, mais s'est retenu de manifester la plus petite des satisfactions. Au contraire, il a murmuré :
- Merci, mais nous avons tout ce qu'il nous faut ici.
La mère a alors indiqué le second fauteuil de son doigt :
- Je suis contente que tu ne manques de rien.
"Comment peut-elle dire une pareille bêtise, s'est dit Jochen. Je manque de tout ici."
- Oui, les garçons de mon groupe sont très gentils. Et M. Hamel est un vrai père pour nous.
La mère a regardé son fils. Il mentait, c'était évident. L'expression de son visage était contraire à ses paroles :
- Tu ne regrettes pas la maison, alors ?
Regretter la maison ? Jochen s'est mis à faire une grimace :
- C'est bien plus amusant ici. On est nombreux, entre copains et c'est un peu comme si j'avais des frères. A la maison, j'étais toujours tout seul.
Le regard indiquait très clairement que ces paroles cherchaient à la blesser. La mère s'en est aperçue, mais volontairement elle a évité ce regard et ne s'est concentrée que sur les mots. Ce qu'elle avait à dire à son fils s'en trouvait facilité.
- Ton éducateur est-il content de toi ?
- Il est tout à fait content. Personne ne m'embête ici et, en classe, je suis le meilleur.
- Vois-tu, a poursuivi la mère, j'ai eu raison finalement de te placer ici. Tu étais sur une mauvaise pente et je ne pouvais accepter cela. Que serais-tu devenu ? Ici, tu vas te reprendre et tu deviendras un homme. Tu ne t'en rends pas compte, mais un jour tu comprendras que j'ai fait cela pour ton bien et tu m?'n seras reconnaissant, j'en suis sûre.
- Très reconnaissant, a affirmé Jochen. Tu ne pouvais rien faire de mieux.
La mère était de plus en plus mal à l'aise.
- Je dois te parler, Jochen. Écoute, mon petit, tu connais Albert..., je veux dire M. Möller ? C'est un homme bon et travailleur. Nous avons pensé..., c'est-à-dire..., nous nous sommes mis d'accord pour nous marier.
Jochen n'a pas montré sa tristesse et a murmuré :
- Tous mes voeux.
La mère a continué tout de suite :
-Je sais que tu n'aimes pas beaucoup M. Möller, mais c'est surtout parce que tu ne le connais mal. Avec le temps, vous ferez mieux connaissance et vous finirez par vous apprécier, j'en suis sûre.
-Le mariage, c'est pour quand ?
- Dans quinze jours. Tu viendras à la maison...
- Pour y rester ?
Un instant, Jochen a changé d'attitude ; son regard et sa voix se sont modifiés et ont laissé voir qu'il était ému. La mère, en détournant les yeux, lui a dit :
-Non, pas encore, c'est trop tôt, Jochen. Quelques mois encore, cinq ou six peut-être, et nous pourrons parler de ta sortie, mais...
Il ne restait plus rien à dire. La mère a regardé sa montre :
- Veux-tu que je te fasse visiter le Centre ? lui a demandé Jochen, cherchant à retenir sa mère le plus longtemps possible.
- Non, pas aujourd'hui, je le regrette mais je n'ai pas le temps. Il faut que je m'en aille. Tu m'accompagnes jusqu'à la sortie ?
Ils sont arrivés à la porte du Centre et la mère, hésitante, ne sachant plus que dire, s'est arrêtée. Mal à l'aise, elle a tendu la main à son fils :
- Au revoir, mon petit, sois sage.
Jochen a saisi la main tendue. Brusquement, d'un geste rapide, il s'est rapproché de sa mère et s'est serré contre elle :
- Maman, emmène-moi. Sors-moi d'ici. Je n'en peux plus. Je t'en prie. Sans s'occuper de ceux qui entendaient, et sans craindre de passer pour un bébé, il a répété :
- Reprends-moi. Ne me laisse pas ici...
Des sanglots étouffés changeaient sa voix et il a ravalé ses larmes, comprenant qu'il était inutile d'insister.
La mère lui a caressé les cheveux et a murmuré :
- Ce n'est pas possible, Jochen, tu le sais bien. Un peu de patience. Ce ne sera pas long. Tu m'as dit toi-même que tu te plaisais ici. Mieux qu'à la maison.
- Emmène-moi, a-t-il redit, mais sans espoir cette fois.
- Allons, Jochen, du courage. Je reviendrai bientôt. Au prochain jour de visite. Mais avant, c'est toi qui viendras pour la noce. Ce sera très amusant, tu verras...
- Oui, a-t-il répété froidement. Ce sera très amusant...
La mère est sortie, s'est retournée et a fait un signe d'adieu. Jochen a levé la main, comme pour la retenir, mais elle était déjà loin.
Par la porte entrouverte, il a vu l'autobus et la mère y monter.
D'après Hans Georg Noack
« Tu as volé, Jochen »